<i>Western </i>de Valeska Grisebach Western de Valeska Grisebach © p. D. R.
Critiques cinéma festivals

Western

Western de Valeska Grisebach, traite du réel sur le mode réaliste.

Par Nicolas Villodre publié le 20 mai 2017

 

Coproduit par Maren Ade, qui y a probablement investi le rapport gagnant de son Toni Erdmann (une des bonnes surprises de la sélection cannoise de l’an dernier), présenté par Un certain regard, Western traite du réel, précisément sur le mode réaliste et plus du tout sur le ton de la plaisanterie. Il est dans un style sec, quoique déterminé par un script subtil qui ménage chaque effet et dose avec justesse sa propre rythmique.

À partir de l’équipée a priori non sauvage d’ouvriers allemands motivés par des salaires mirobolants à l’étranger se retrouvant au fin fond de la Bulgarie à creuser les fondations d’une centrale hydroélectrique visant à améliorer l’infrastructure d’une région voisine de la frontière grecque, la cinéaste Valeska Grisebach élargit ce premier niveau de lecture à une méditation sociopolitique sur les notions de colonie, de ruralité, de qualité de vie, de progrès technique, de violence guerrière et/ou de retour du refoulé. La ruée vers l’or tourne court, qui se heurte aux problèmes de transport de matériel et de ravitaillement en eau. La fine équipe est laissée à son sort. Son chef doit se débrouiller pour lui fournir de quoi poursuivre le chantier entrepris. Il motive sa troupe en hissant haut le drapeau allemand.

Le héros du récit, un ancien légionnaire, pose un regard autre, un peu désabusé, sur la situation et communique plus aisément que ses compatriotes avec les habitants du bourg. Le concept d’humanité lui importe plus que celui de nationalité. Les rebondissements ne cessent de se produire, certains anodins d’apparence, comme le chapeau d’une jeune baigneuse bulgare avec lequel le contremaître joue de façon trop taquine, d’autres graves, comme l’accident funeste du cheval apprivoisé par l’ancien militaire. Tout peut à tout instant tourner au drame. À tel point que, se sentant à un moment donné en marge des deux communautés, las de tout, le protagoniste donne la sensation de tout vouloir quitter et de se fondre dans la nuit (les images nocturnes sont prégnantes et dominent la deuxième partie du film). La musique et la danse se chargeront de l’intégrer à la communauté paysanne.

Le film tire son authenticité d’une distribution germano-bulgare qui paraît tellement aller de soi qu’on ne peut jamais dissocier les personnages de leurs interprètes. Il n’est ou ne semble pas joué, encore moins surjoué. Et, comme on l’a dit, n’est pas particulièrement enjoué. Ce western ou eastern prend la tournure d’une découverte de terra incognita. Ou, comme le dit l’un des personnages, d’un « voyage dans le temps ».

 

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