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Critiques Musique

Vestiges du chaos

Christophe

Samedi 18 juin, dans le cadre du festival Quand je pense à Fernande au Théâtre de la mer à Sète, Christophe et son groupe de jeunes musiciens virtuoses ont fait vibrer les étoiles, offrant un spectacle total dans lequel le chanteur a atteint le firmament.

Par Chrystelle Desbordes publié le 12 juil. 2016

 

 

Depuis sa sortie, en avril dernier, Les vestiges du chaos – le treizième album-studio de Christophe –, connaît un très beau succès. Particulièrement beau dans le sens où l'œuvre traverse les générations, croisant les sources musicales et les langues. Un mélange d'excellentes choses composant, sur la scène marine, la première partie d'un opéra en diptyque, porté par la voix cristalline du maestro.

Dès les premiers morceaux, mêlant sonorités électro, guitare rock et clins d'œil au passé, le public est conquis. Fruit d'une recherche de 7 ans tissée de fidèles comme de nouvelles collaborations (de Jean-Michel Jarre, qui avait écrit « Les mots bleus » et « Les paradis perdus », à la chanteuse, entre autres parolières, Laurie Darmon, avec qui il co-signe le titre « Stella Botox » ), l'opus dévoile des inventions nées du hasard, et prend corps dans des sons-matière-image retraversant un héritage musical propre, connecté, depuis toujours, au cinéma. Comme dans les rêves de Miró ou dans l'espace infini de Klein, les mots sont bleus – messagers sensibles de la mélancolie, d'une quête impossible d'absolu. Les paroles rendent hommage à des femmes, réelles ou imaginées, mystérieuses, fragiles et cruelles – inatteignables, racontent des passions fragmentées, rencontrent les voix d'Anna Mouglalis, de Lou Reed, d'Alan Vega... Polyglottes et sensuels, les mots sonnent, s'amarrent, puis s'envolent bien au-dessus des vagues, vers les goélands.

 

Bain de jouvence

Dans la deuxième partie du concert, Christophe chante ses tubes. Arrivant un verre à la main, s'installant sur scène de profil, face à son piano, le « dernier des Bevilacqua » commence à dialoguer et à trinquer généreusement avec son public. Il pose ensuite ses doigts sur le clavier et nous emmène dans une valse d'improvisations qui donnent une énergie incroyable aux titres mythiques. Il les joue en puisant parmi les demandes des spectateurs, improvisant chacun des morceaux avec l'un de ses musiciens, créant la surprise : « La dolce vita », « Succès fou », « Les paradis perdus », « Ces petits luxes », « Les mots bleus »..., invitent à de nouveaux voyages.

L'une de ces petites pépites, « Aline », annoncée par Christophe, dès le début de l'acte II, comme l'ultime chanson de la soirée, a pris un grand bain de jouvence. Le titre de 7 minutes, qui réunit cette fois tous les musiciens, démarre sur les accords de « Creep » de Radiohead qui filent jusqu'à la fin – une reprise rock expérimental très « pêchue ». Un peu plus de 2 minutes avant les dernières notes, Christophe disparaît en coulisse, laissant la place à ses musiciens, superbes, dans la nuit de pleine lune. Plus de deux heures de grâce. Simplement magique.

 

Le concert de Christophe a eu lieu le 18 juin au Théâtre de la mer, Sète (festival Quand je pense à Fernande).

Christophe est en tournée jusqu'en mars 2017 : consulter les dates ici