<i>Boucle</i> de Xuan Le, Boucle de Xuan Le, © Mai Douang.

Danse sur rollers

Pour clore son programme en beauté, l’anti-festival Nous n’irons pas à Avignon !, salon des Refusés ou des Refusants du rituel vauclusien, a présenté la création de Xuan Le, Boucle, un solo étonnant qui mêle danse et rollers

Par Nicolas Villodre publié le 26 juil. 2017

Il s’agit de la première pièce de la compagnie Xuan Le, créée par l’ex-champion de « freestyle slalom » que nous avions repéré sur les planches comme interprète dans le spectacle multimédia de Mourad Merzouki, Pixel (2014) mixant prestations dansées et images numériques. Xuan Le y réinventait la toute petite roue, celle qui équipe les rollers. Il nous prouvait qu’il peut tout danser ou presque – y compris sur les pointes – perché sur ces chaussons customisés.

Le solo Boucle, qui dure près d’une demi-heure, présente certes quelques défauts de jeunesse que le chorégraphe novice éliminera ou estompera avec le temps – on pense surtout aux mignardises introductives selon nous hors de propos ou de proposition : aux reptations, roulades et glissades sur le dos et au semblant de jonglage à la boule de cristal. Mais, une fois sur pied et sur trépied, le jeune gens fait montre d’une maîtrise absolue de son véritable agrès. Il tient ses promesses : son mouvement se fait perpétuel et son corps devient d’une fluidité hors d’atteinte dans la vraie vie sans sa dynamique prothèse aux roues alignées.

La structure de la variation est dès lors cohérente, convaincante, entraînante. Son rythme paraît le plus juste, avec des accélérés ne visant jamais l’esbroufe et des trajectoires serpentines parfaitement distribuées et négociées. On pense au virtuose Chaplin qui, à l’occasion, démontra son art du geste glissé dans The Rink et Modern Times, à Ginger et Fred unis par un même violon d’Ingres dans Shall We Dance, à Gene Kelly qui ne semblait pas toucher terre dans It's Always Fair Weather ou à Surya Bonaly qui, par la danse, avait réussi le plus difficile pour une athlète : sublimer la performance acrobatique.

Xuan Le, en solitaire ou en groupe, nous fascinera encore, pour peu qu’il conserve son exigence artistique, ne tombe pas, dans tous les sens du terme, dans l’ornière de la facilité, de l’anecdote, du symbolique, de la poésie à bon marché, du kitsch. Il nous prouve que la ligne droite n’est pas nécessairement la plus rapide. Ses arabesques, dans le sens du vent ou en marche-arrière, n’ont ni début ni fin.

 

> Boucle de Xuan Le a été présenté du 19 au 23 juillet à Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine, dans le cadre du festival Nous n’irons pas à Avignon