<i>12 jours</i> de Raymond Depardon 12 jours de Raymond Depardon © D. R.
Critiques cinéma festival

12 jours

De l’intérieur vers l’extérieur. De l’enferment à l’affranchissement potentiel. Entre ces deux pôles, le dernier document filmé de Raymond Depardon, 12 jours. Un délai qui correspond à celui fixé par la loi de 2013 obligeant les hôpitaux psychiatriques à demander l’avis du juge pour poursuivre l’internement d’un patient sous contrainte.

Par Nicolas Villodre publié le 29 mai 2017

À partir d’une procédure visant à limiter les abus de l’administration hospitalière, le photographe-cinéaste réalise une œuvre juxtaposant une douzaine d’audiences qui sont autant de drames particuliers ayant valeur universelle, des plus rémissibles aux plus pathétiques. Les saynètes sont regroupées en trois blocs séparés par un silence que comble une musique postromantique dramatisant (sans nul besoin, selon nous) des situations suffisamment tragiques par elles-mêmes.

On pourra reprocher à Depardon d’exploiter un filon qu’il creuse de façon systématique depuis ses San Clemente (1980) et Délits flagrants (1994). Nous louerons au contraire sa démarche entêtée, l’acuité et l’attention au moindre détail qui n’eût été possible sans cette expérience acquise au cours des années, son habileté d’ancien paparazzo à s’infiltrer avec aisance dans les moindres interstices de la société contemporaine. Non qu’il soit particulièrement fasciné par son objet – l’humanité démunie, la paysannerie en voie de disparition, les marges et les minorités – comme il pu l’être, un temps, par l’univers des stars de tout poil, mais en raison d’une empathie avec l’autre.

De lents et prolongés plans-séquence appris à l’école ethnographique de Jean Rouch, soigneusement captés en 4K, non en 16 mm, nous introduisent au monde sinon de la punition, du moins de la surveillance qui est celui de la section médico-pédagogique de l’hôpital Édouard-Herriot à Lyon – d’où de récurrentes allusions, malicieusement conservées au montage, à la Fête des Lumière chères au sélectionneur cannois. D’autres plans, en (relatif) extérieur, viendront rythmer la bande-image. Ce sont ceux décrivant des courettes grillagées réduites, telles des cages pour hamsters. L’espace de la semi-liberté est celui qui autorise le patient à se rendre à la cafétéria, ce que le cas le plus lourd n’a pu obtenir que trois fois en trois ans.

Les dialogues sont meilleurs, plus profonds, touchants et drôles que ceux des sketches écrits par les chansonniers, les auteurs de stand-up et autres comiques radiophoniques professionnels. Chaque cas pourrait d’ailleurs servir de point de départ à un film ou à un roman. Le plan final sur une silhouette fantomatique quittant de toute évidence ce lieu clos pour se fondre dans la brume imprègne intensément la rétine.

 

 

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