Critiques cinéma

Un beau soleil intérieur, de Claire Denis

Les amateurs de théâtre filmé ne seront donc pas déçus. Mais on reste plus près du théâtre de boulevard que de celui d’un Marivaux...

Par Nicolas Villodre publié le 19 mai 2017

Après avoir assisté à une brève cérémonie attribuant le Carrosse d’or 2017 à Werner Herzog précédée de la diffusion d’un florilège, analogiquement agencé, de Luc Lagier compilant en quelques minutes son œuvre couleur, nous avons eu le masochisme de rester jusqu’au générique de fin (la meilleure partie du film, tout aussi réussie que celui du Todd Haynes, Wonderstruck) d’Un beau soleil intérieur de Claire Denis.

 

De Claire Denis ou plutôt de Christine Angot. Tant il est vrai que le film n’est qu’un poussif bout-à-bout à base de dialogues d’une confondante banalité, de mots d’esprit se voulant mots d’auteur – à moins que ce ne soit l’inverse –, cagnardement enregistrés en vidéo haute définition à destination d’une chaîne à prétention culturelle où les seules audaces sont quelques brefs plans-séquences (couple aussi antonymique que ceux qui défileront sous nos yeux) au bar avec une caméra panotant de gauche à droite et de droite à gauche.

 

Ce pourrait et devrait n’être une dramatique radio, tant sont moches, à part Binoche, les acteurs castés. Ceci expliquant en partie les hésitations de la dame en quête de prince charmant. Le jeu est convenu, les répliques font mouche auprès d’un public très bon enfant qui n’a pas et aura sans doute de moins en moins l’occasion de rigoler par les temps qui courent. Mais on reste plus près du théâtre de boulevard que de celui d’un Marivaux, voire d’un Rohmer. Les comédiens s’en tirent comme ils peuvent dans le style naturaliste en vogue à l’ère du développement durable. Leur talent expressif se voit et s’entend. Katerine est amusant et touchant. Balasko sort du lot avant l’arrivée apothéotique du maestro Gégé.

 

Angot, l’auteure véritable de la bluette libidinale, donc, pour nous, du film, a probablement eu recours à une documentation piochée à diverses sources, en dehors ou à côté de sa vie personnelle – du monde de l’édition aujourd’hui valorisé par le gouvernement Macron, on passe à celui des galeristes de peinture, bien qu’on ait du mal à y croire tant l’analyse est sommaire, comme on a du mal à croire que la môme Juliette puisse faire du Pollock, peintre également cité par Desplechin. Elle cite et stylise, nous semble-t-il, des émissions de radio délivrant des conseils psychologiques et autres augures suffisamment polysémiques pour rassurer le chaland.

 

Les amateurs de théâtre filmé ne seront donc pas déçus. La dramaturge est à son meilleur dans sa diatribe libertaire contre le monde des banquiers, désormais le lot commun, et lorsque la protagoniste s’emporte contre son propre milieu en pleine promenade à la campagne. Il va sans dire que la pièce filmée a été fortement acclamée.