<i>Twin Peaks</i> de David Lynch Twin Peaks de David Lynch © D. R.
Critiques cinéma festival Télé

Twin Peaks

S’il fallait croire les cinéphiles d’aujourd’hui, les séries représenteraient depuis le changement de millénaire le vrai cinéma. Les créatifs seraient passés du grand écran auquel restent attachés quelques gardiens du temple au petit, voire à celui, de la taille de la main, des tablettes et des smartphones. 

Par Nicolas Villodre publié le 29 mai 2017

La diffusion en flux continu réservée aux abonnés des plateformes numériques, suivant le principe d’exclusivité de la SVoD (souscription à la vidéo sur demande) remet en question non seulement la diffusion en salle mais également celle par voie hertzienne ou par le câble des chaînes dites de télévision. Ne voulant pas passer à côté d’un tel bouleversement des conditions de vision et, sans doute aussi, par voie de conséquence, de production, le festival de Cannes s’est cru obligé de faire avec ce nouveau mode de consommation en programmant, notamment Okja de Joon-Ho Bong et deux épisodes de la nouvelle mouture de Twin Peaks proposée par Netflix. En offrant une telle “exposition” à cette plateforme américaine, le festival leur fait une promotion sans équivalent. En ouvrant cette boîte de Pandore, leurs responsables anticipent sur les nouveaux usages du 7e Art, ne souhaitant pas mettre tous les œufs dans le panier commun. Côté production, le géant de la vente par correspondance Amazon, apparemment bien en cour auprès du Cnc, s’est lancé dans celle de longs métrages, comme nous l’avons signalé en traitant de Wonderstruck de Todd Haynes.

Ceci dit, Twin Peaks satisfera les amateurs de films du genre hybride. Les épisodes, inédits et ceux du passé, se situent du reste dans la tradition pré-surréaliste des Fantômas et autres Vampires de Feuillade ayant fasciné les Surréalistes, dans celle, chère à Marcel Duhamel, de la série noire d’un Dashiell Hammet qui publia ses récits glauques dans les pulp magazines dès les années 1920, celle des émissions des années 1950 conçues pour la télé, Alfred Hitchcock Presents, et celles des swinging sixties comme The Avengers ou The Prisoner. Lynch a su exploiter au mieux ces influences, comme il sait doser ses effets plastiques et ses B.O. truffées de rock et d’effets électro-acoustiques comme ces phrases mixées avec leur écho en marche arrière. En l’occurrence, démonstration a été faite que le petit écran peut gagner à être diffusé en salle.

 

> Twin Peaks de David Lynch