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<i> Piletta Remix</i> du collectif Wow ! Piletta Remix du collectif Wow ! © p. Lionel Merckx
Critiques spectacle vivant

Théâtre On Air

Dans le In ou le Off, pour cette 71e édition du festival d’Avignon, quatre jours suffisent à prendre acte de l’intérêt croissant de la scène contemporaine pour le micro. Piletta Remix sert la radio sur un plateau et fait du micro son héros avec le collectif Wow ! aux manettes.

Par Inès Dupeyron publié le 13 juil. 2017

 

Avec son point d’exclamation comme gage de sa fraîcheur et de sa précision, le collectif Wow ! invite les spectateurs aux noces joyeuses de l’image et du son. Au menu : une fiction radiophonique live. Ce n’est pas la première fois que ces jeunes artistes bruxellois, réunis autour de formes transdisciplinaires, considèrent le (jeune) public comme une assemblée d’auditeurs autant que de spectateurs. Depuis cinq ans, au milieu d’autres projets qui vont de la photographie au documenteur, le collectif signe des pièces radiophoniques, des ateliers et des émissions radio pour et par les enfants – et pour les autres. Le travail sonore est au cœur d’une démarche qui explore « une intimité inédite : l’intimité collective », formulent ceux qui font vivre les oxymores. « Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupières » constate Pascal Quignard dans La Haine de la musique : si on peut décider de regarder, on ne peut pas décider d’écouter…

Qu’à cela ne tienne : puisqu’on ne peut pas fermer l’oreille au monde mais seulement l’ouvrir, autant proposer des paupières technologiques qui permettent d’écouter mieux ! Là tient tout le dispositif de Piletta Remix : casqués pour l’occasion, les spectateurs font l’expérience de paupières inversées pour l’ouïe : en stéréo au casque, ils s’entendent adresser texte, musiques, chants, bruitages, dans une palette mixée qui va du murmure aux simulations de l’orage, de l’urine qui s’écoule, à la chute dans le vide depuis un gratte-ciel… Sans casque, l’expérience narrative et esthétique s’appauvrit, le son des instruments n’est plus électrifié, celui des bruitages plus amplifié. C’est l’histoire de Piletta, une jeune fille de neuf ans et demi qui court d’une aventure à l’autre pour sauver sa grand-mère malade en trois jours chrono : les images ne sont produites au plateau que par la réalisation physique du son – canal par lequel se glisse la fiction, drôle et intrépide. Sa fabrique, intégralement exécutée en direct par trois comédiens, un musicien et un ingénieur du son qui enchaînent les rôles et les tâches sonores, rend attentif à l’engagement physique des corps pour répondre de cette partition sonore exigeante rondement menée.

 

Travail d’orfèvre

Un studio de radio reconstitué sur un plateau de théâtre, ou presque, puisqu’ici pas de vitre qui sépare la cabine du théâtre des opérations, cette guerre de Piletta contre la montre et contre ce qu’on veut faire d’elle ; en miroir, pas de quatrième mur, puisque les interprètes adressent cette histoire à chaque spectateur, dans une proximité sensible, sensuelle. Leur dextérité justifie leurs présences au plateau, là où la question du théâtre et des corps se pose – pourquoi l’image serait-elle utile à la radio ? Parce que ces interprètes-artisans donnent à voir au présent, pour d’autres qui sont là ici et maintenant, le travail de coulisses méticuleux, bourré d’inventivité et de technique, d’une équipe de fiction radiophonique.

Ou comment s’adresser aux corps dont la radio se passe ? Incarné, le rythme soutenu du récit est d’autant plus palpable : c’est un conte initiatique mais pas didactique ; une paumée téméraire cherche à ne pas s’y faire bouffer par ce qui l’attend de vie. Sur son chemin d’urgence, elle en rencontre, des gueules, des joies, des voix, des fracas. 50 minutes et une galerie de personnages qui tiennent dans un seul rêve, et avec sa fin, la fin de la performance. Toujours reste surprenante l’épaisseur plastique du son, qui peut infiniment ouvrir l’image autant que l’imaginaire : une texture sonore théâtrale fait filer ce spectacle comme Piletta dans sa nuit. Petit écrin sonore que ce remix live d’une première pièce radiophonique (Piletta Louise, 2012), enregistrée et diffusée sur les ondes de la RTBF et disponible en CD, à laquelle le collectif dit avoir voulu « donner une nouvelle vie, un nouveau son, et du corps » : sur une scène, en direct, en public. Et toujours reste à découvrir le plaisir de se dire que le théâtre, pour qu’il parle aussi aux plus jeunes d’entre nous, qu’il leur parle parmi nous et pas hors du monde, n’a pas besoin d’être estampillé jeune public.

 

Piletta Remix du collectif Wow ! jusqu’au 26 juillet au Théâtre des Doms, Avignon