Samir Ramdani, Broken Leg (vidéo, 2010). Samir Ramdani, Broken Leg (vidéo, 2010). © p. de l'artiste.
Critiques arts visuels

Sur le toit

Effervescence d’art contemporain à la Friche belle de mai à Marseille. Le collectif résident Astérides propose Interprétations à l’œuvre, un parcours mêlant vidéo, performance et installations.

 

 

Par Tiphaine Calmettes publié le 7 sept. 2016

Au dernier étage du bâtiment principal de la Friche, le toit-panorama dévoile Marseille. C'est ici qu'Astérides a choisi d'établir son exposition sur le langage gestuel, présentant pêle-mêle les travaux d’artistes Canadiens et Français effectués dans le cadre d'une collaboration avec l'espace artistique de la Fonderie Darling de Montréal. Déjà présenté à Québec, le projet initié par Mathilde Guyon et Anne-Marie St-Jean Aubre débarque dans la cité phocéenne sous une nouvelle version. 

Le volume est rectangulaire, transpercé en son milieu par une estrade. D'un côté, une salle de projection hermétique, de l'autre un espace vide accueillant les performances. Lorsque celles-ci se terminent, le public reprend possession de l'espace pour admirer l'énorme baie vitrée recouverte des motifs géométriques de Karen Kraven. Durant ces intervalles, les spectateurs restés sur l'estrade scrutent, pensifs, leurs homologues, devenus l'espace d'un instant "l'objet du regard". On se lève, on contourne les signes et les corps en mouvement. Les codes sont déplacés et, un peu perdu, on s'arrête pour lire les cartels qui retracent en hors-champs une histoire et un raisonnement sans nul doute bien pensé. Procédant par emprunt, les artistes interprètent leurs sources, les traduisent. Mais plus on s'éloigne de l'origine, plus la forme se brouille. "Le spectateur doit apprendre le langage du corps pour le décoder " explique Anne-Marie St-Jean Aubre. 

Les dessins géométriques de Karen Kraven sont des symboles abrégés de notation de figures de danse dans les compétitions de gymnastique. La bannière de Tanya Lukin Linklater reprend l'écriture syllabique de la langue cri, hommage à l'action de Theresa Spence, cheffe amérindienne de la nation Attawapiskat, durant l'hiver 2012-2013. Et que devient la forme ? Ces images floutées, ces signes inconnus, ces partitions de personnages striés, ces collages de corps impossibles, ces silhouettes drapées dialoguant avec des sculptures : tous médium confondus, les archétypes se croisent. Réinterprétés de manière plus ou moins subjective, ils laissent flotter un sentiment d'absurde. Absurdité lié au décalage entre l'attente de l'Homme et l'expérience qu'il fait du monde. Décalage induit par le passage d'un langage et d’un médium à un autre.

De son côté, Jimmy Robert, écouteurs aux oreilles, met des mots sur des gestes afin de catégoriser des styles de danse de club. Dans la vidéo de Luis Jacob, des corps drapés reprennent, en dansant, des postures de sculptures quand Catherine Lavoie-Marcus et ses danseurs s'essayent au difficile passage de la 2D à la 3D. L'imitation est difficile quand le savoir-faire n'est pas acquis ou le décalage trop grand. Alors, pour contrer cette difficulté, le corps s'énerve. Et au lieu de partir chercher loin quelque chose qu'il veut ramener à lui-même, il raconte son histoire avec ses propres gestes, à l'image des danseurs de krump dans Broken Leg, la vidéo de Samir Ramdani.

 

Interprétations à l'œuvre, jusqu'au 27 novembre à la Friche belle de mai, Marseille