<i>Atelier 29</i> de Mathurin Bolze Atelier 29 de Mathurin Bolze © Christophe Raynaud de Lage.

Sortie d'école

En confiant à Mathurin Bolze la mise en scène de l'Atelier 29, spectacle de fin d'études de sa dernière promotion, le CNAC affirmait une fois de plus son engagement en faveur d'un cirque actuel et contemporain, flirtant ici nettement avec la pratique théâtrale plus traditionnelle. Pari louable, si l'on veille toutefois à ne pas en malmener la spécificité circassienne.

Par Agnès Dopff publié le 19 déc. 2017

Par l'investissement patient de quelques institutions dont le CNAC fait partie, le cirque contemporain glane doucement ses lettres de noblesse et prend avec sûreté ses quartiers au cœur de la création. Et pour cause, quantité de circassiennes et circassiens novices ou confirmé.e.s épatent de virtuosité, non seulement par la manipulation des agrès, mais aussi – et le fait est plus rare – par celle des particules dans l'air du temps. Optraken, du Galactik Ensemble, ou  GRANDE-, véritable revue d'actualité présentée par Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons, nous en offraient encore d'excellents exemples tout récemment.

Difficile alors d'aborder la nouvelle création du Centre National des Arts du Cirque avec de plus faibles attentes. Dès l'ouverture de l'Atelier 29, on guette le clin d'œil, la référence, ou la pichenette. Une jeune circassienne entre en scène et inaugure un plateau à la scénographie résolument contemporaine, faite de larges plates-formes en balançoire grossièrement bricolées dans des matériaux bruts. L'artiste exécute ses enchaînements à la corde lisse et performe son genre, le tout dans un sens faute studieux. On attend la chute. Non pas celle du corps, mais de ces postures surannées.

Le numéro s'achève, la promotion toute entière gagne le plateau et y trace la voie claire que composent des costumes immaculés. S'ensuivent avec une régularité constante scènes de cour, défilés de banderoles et numéros de voltige, sans que par l'immobilité ou le mouvement ne soit marqué de véritable temps fort. L'unique faiblesse d'une cadence monotone, à la nécessité plutôt discrète, aurait pu à elle seule se faire oublier, si le contenu même des numéros offrait l'occasion de quelques regains d'attention.

Dommage alors que la jeune relève du cirque contemporain nous livre un spectacle d'hier, où garçons et filles font bande à part, et où l'on se courtise sagement, un bouquet de pâquerettes à la main. S'il est troublant de découvrir un tableau aussi classique sous les traits de la nouvelle vague circassienne, ce sont encore les œillades politiques qui dérangent le plus.

 

Trop sage

Que les vitrines des centres-villes s'emparent des récents mouvements sociaux pour se refaire une beauté, soit, mais que le cirque de demain puise lui aussi dans des figures obsolètes, voilà qui dérange autrement. C'est ainsi qu'Atelier 29, ici par les intrusions soudaines d'une banderole bricolée, là par le tableau d'un peuple unanime et tout en entier dans la lutte, rappelle au mieux les clichés soixante-huitards, au pire la récente et putassière publicité Bompard, où la queue de cortège n'a pas fini de sécher ses yeux rougis que la manifestation bascule déjà dans le circuit de la fast fashion.

Les échecs, déclarés bien précocement, des récentes tentatives d'organisations populaires ne nous auraient donc pas fait voir la nécessité de repenser la résistance citoyenne ? Et si le corps social a bel et bien repris de sa matérialité sur quelques grandes places du monde, peut-on encore céder à une vision manichéenne, où l'ennemi ne serait que dans un au-dessus lointain, et non pas tapis jusque dans nos petites habitudes de vie?

Au lieu de ça, Atelier 29 nous présente le spectacle de jeunes artistes talentueux, ici pourtant tout absorbés à l'exécution technicienne et quelque peu désincarnée d'un spectacle au parti-pris un peu trop gentil. Ni la scénographie, ni l'énergie et l'application des jeunes diplômé.e.s – dont on aurait voulu approcher davantage les personnalités – n'aura donc permis à l'Atelier 29 de nous faire voir tout ce que le cirque contemporain peut offrir de nuance et d'insolence. Partie remise?

 

> Atelier 29 de Mathurin Bolze, création du 6 au 17 décembre au CNAC à Châlons-en-Champagne ; du 19 janvier au 11 février à la Villette, paris