Publicité

<i>Rodin</i> de Jacques Doillon Rodin de Jacques Doillon © p. D. R.
Critiques cinéma festival

Rodin

Le portrait par Jacques Doillon de Rodin, insigne sculpteur de la IIIe République est-il un film ou un téléfilm ?

Par Nicolas Villodre publié le 1 juin 2017

Mais ceux consacrés à sa disciple la plus célèbre, grâce surtout au mouvement féministe, la grande sœur à Paul, Camille Claudel, ne l’étaient-ils pas également, en négatif ? Cette question peut se poser après la vision à Cannes en bonne compagnie, avec, à notre gauche, Ségolène Royal en tenue festivalière et, à notre droite, la présidente de la région Île-de-France qui a transféré une partie de notre écot dans cette affaire – il faut dire que, pour une fois, Meudon et même Paris relevant de sa compétence territoriale, la dépense n’était pas totalement injustifiée.

Balzac, dont l’effigie a fait débat et même scandale (le dernier du siècle, après ceux de Manet et de Courbet, nous rappelle Doillon), qu’il fût à poil ou en robe de chambre, avait, nous dit-on, une marque de cicatrice au niveau de la ceinture ressemblant à la trace d’une césarienne. Rien d’étonnant à cela d’après Rodin (alias Vincent Lindon), puisque l’écrivain tourangeau avait dans le ventre 2.200 personnages qui ne demandaient qu’à voir le jour. Une figuration moins nombreuse (guère plus d’une demi-douzaine de célébrités, à tout casser) suffit au réalisateur pour donner une idée de la reconnaissance du monde politique et de celui de l’art vis-à-vis du sculpteur.

Il nous a paru gênant que pour introduire chacun de ses laudateurs, de Monet à Mirbeau, en passant par Hugo (le « géant du siècle »), Clemenceau (hors champ mais pas bien loin puisqu’attendu pour dîner), Zola, Cézanne et Rilke, le héros ait à préciser à chaque entrée en scène d’un visiteur qui est qui, comme si les acteurs censés les incarner n’étaient pas suffisamment ressemblants ou comme si les célébrités faisant partie du fan club étaient passés aux oubliettes. Malgré son physique fluet et sa barbe de plusieurs jours, peut-être bien empruntée au gang des postiches, au capitaine Haddock, ou à celui de Pim Pam Poum, Vincent Lindon est crédible comme créateur tourmenté – un peu moins comme peloteur de chair fraîche, limite vieux cochon.

L’excellente surprise de l’opus vient de l’interprétation toujours juste de Camille Claudel par Izia Higelin. On ne lui tiendra pas rigueur de sa diction précipitée ayant tendance à avaler quelques phonèmes au passage, tant la comédienne est convaincante. Il faut dire que le réalisateur fait évoluer son personnage tandis que celui du maître reste durci dans le plâtre. La progression vers ce qu’il est convenu d’appeler la folie est suffisamment perceptible pour être plausible. Il peut d’ailleurs arriver que les paranos aient parfois raison.

 

> Rodin de Jacques Doillon