<i>Le gros sabordage</i> de La Mondiale générale Le gros sabordage de La Mondiale générale © D. R.

Risquer la chute

Sous le soleil de Provence, La Mondiale générale fait l’ouverture du 5e festival des cirques indisciplinés au Théâtre d’Arles avec une création qui manie le risque et ses inévitables déséquilibres.

Par Léa Poiré publié le 31 oct. 2017

À la veille du trophée des AS, finale de course camarguaise qui se dispute dans les arènes d’Arles, au théâtre de la ville se joue un tout autre spectacle. Les yeux rivés vers le public, muscles tendus et avec un équilibre maîtrisé, quatre interprètes en sweats à capuche colorés domptent le risque bras dessus bras dessous. Leur lente traversée du plateau, sur des plots de bois de plus en plus hauts, fait frémir le spectateur suspendu au moindre de leurs gestes. Arrivés à terme, tous les quatre perchés sur l’ultime poteau, la chute s’annonce brutale mais s’accompagne d’un épais soupir de soulagement : Le gros sabordage a commencé.

Un grand rideau de velours noir qui se confondait jusqu’alors avec le fond de scène s’avance puis recule pour engloutir sur son passage les plots tombés au sol. D’un jeu de bascule à un numéro d’escalade précaire, un nouveau monolithe de bois met au défi deux des acrobates tel un personnage tempétueux. Rapidement le spectateur se prend alors au jeu du danger imposé par les agrès qui semblent manipuler les interprètes avec fermeté. Dans un juste équilibre de risque et de magie on observe sous une lumière sanguine, les cerceaux toujours plus nombreux qui forcent un interprète à s’épuiser dans un hula hoop endiablé. Plus tard dans un gigantesque anneau une bousculade transforme les costumes colorés en vêtements sérieux, quand, entre humour et angoisse, le rideau de velours laisse apparaître d’un côté le discours maladroit d’un homme perdu et de l’autre l’obstination d’un individu à monter sur les monolithes toujours plus hauts.

Oscillant entre maîtrise et maladresse, ce grand bol d’air frais orchestré par Alexandre Denis et Timothé Van Der Steen ouvre des questions aussi simples qu’orageuses. Comment lutter contre nos forces extérieures ? Peut-on se perdre ? Faut-il ralentir ? A-t-on le temps de se sauver soi même ? La pièce se termine sur la mise en branle du grand fantôme de velours, qui, porté par ses interprètes, tournoie de plus en plus vite jusqu’à brasser fougueusement l’air de la salle rappelant qu’à Arles, le Mistral n’est jamais très loin.

 

> Le gros sabordage de La Mondiale générale, créée les 7 et 8 octobre au Théâtre d’Arles, les 12 et 13 décembre à La Passerelle, Gap