Grand blanc Grand blanc © p. D. R.
Critiques Musique

Poésie rebelle des ZAC

Grand blanc était à la Gaité Lyrique à Paris. Retour sur un concert rock et cathartique.

Par Fanny Taillandier publié le 29 déc. 2016

Le batteur était un peu trop sage – sans quoi on y aurait cru, avec un plaisir légèrement régressif mais qu’on n’aurait pas eu le cœur de bouder. Le pogo était un peu trop téléguidé (« ça me ferait plaisir qu’il y ait un pogo devant et une bagarre au fond », dixit le chanteur Benoît une fois la salle de la Gaîté lyrique bien chaude, et il fut obéi) – sans quoi on n’aurait pas senti le côté légèrement artificiel de ce revival punk, le public débordant docilement sur les planches pour coller au scénario sur le morceau final (Samedi la nuit, le tube de leur premier maxi).

Car vraiment, Grand blanc donnent envie d’y croire. Ils jouent, avec une grâce indéniable et un enthousiasme communicatif, la belle de la chanson rock française des années 80 et 90, avec ce qu’il faut de saturation des guitares, ce qu’il faut d’échos post-indus,  ce qu’il faut de pointillisme digital, et surtout avec la voix absolument divine de la chanteuse Camille, multipliée par des boucles parfaitement maîtrisées. C’est d’ailleurs peut-être à cette partition que s’adressent les paroles de Surprise partie, « Surprise! Parti / Un jour on rallume et tout le monde est parti / Les revenants tardent et les regrets criblent / Souffle tes bougies comme les enfants terribles »…

En fait d’enfants terribles, grande absence de part et d’autre de la rampe – pas de canettes de bières balancées, pas de pétard noyé dans les fumigènes. Dans la salle, nous sommes des gosses plutôt bien léchés des banlieues tranquilles, de ceux qui profitent d’une virée à Cultura pour se payer des EP en cartes Itunes et qui les branchent à plein volume sur l’autoradio du Scénic – derrière le pare-brise défile la lisse bande des doubles voies desservant nos bourgs paisibles. Voilà pour nos révoltes, et c’est sans doute elles que nous allons purger dans ce show écorché et métronomique, dans la gentillesse incongrue du chanteur, torse nu et gueule cassée. Ce concert a quelque chose de cathartique.
Grand blanc joue avec les signes, joue des signes, joue les signes d’une époque, d’une révolte. La mythologie des villes rustbeltisées aux banlieues étales, que leurs clips déversent et dont leur nom parle (Grand blanc, 8000 âmes, banlieue de Flint, Michigan). La mythologie de l’amour comme shot de crack à la Bashung – « Casse-moi ou casse-toi/Les temps sont durs… » La mythologie d’une jeunesse perdue qui n’a rien à perdre et que tout le monde reprend en cadence. Ces signes fonctionnent à plein tube, cathodiques, entre Roland Barthes et Etienne Daho, entre les néons roses et les strobo blancs. Et c’est pourquoi ça marche. Notre monde est tellement bien huilé, tellement lointain, que la révolte est un poème.

 

Grand blanc le 10 décembre à la Gaité lyrique, Paris