Vivipares de Céline Champinot. Vivipares de Céline Champinot. © Photo : Vincent Arbelet.
Critiques Théâtre

Melting Pop

LA gALERIE

Mauvaise graine directement germée dans le fumier de la culture pop, Vivipares (posthume) - Brève histoire de l'humanité de Céline Champinot sème le dawa sur la scène dijonnaise. Une création parfaitement incarnée par les agitées de LA gALERIE.

Par Agnès Dopff publié le 7 juin 2016

Les cinq protagonistes de Vivipares (posthume) se déversent sur la scène comme le plus haut carton d'une armoire trop pleine : dans un ensemble foutraque, assemblage bazar de brodequins, sneakers vintage et coiffes de castors juniors. Surgissement anarchique mais pour le moins cohérent, où les plus beaux joyaux des Trente Glorieuses et leurs vestiges se rappellent à nous par une rétrospective très libre autour de David Bowie.

Si par l'icône disparue récemment, la pièce s'inscrit tout particulièrement dans l'humeur du moment, Vivipares (posthume) retrousse ses manches et prend l'époque à bras le corps. Dans un décor de garage middle-classe, encombré de toutes les indispensables inutilités pour des vacances réussies, on découvre un David Bowie manqué, l'autre face d'un biopic au conditionnel. Ici, le chanteur androgyne se fait petit provincial français, minable égocentré en quête de succès. Entre retours à l'histoire officielle et sursauts fictionnels, la création de Céline Champinot paraît se donner pour impératif fondamental de ne jamais ménager son public.

Plus dense qu'un show made in USA, plus gras qu'un menu XL chez l'ami Ronald, plus cynique enfin qu'un Monsieur Cyclopède, Vivipares (posthume) semble concentrer les excès d'une époque pas tout à fait révolue, mais à laquelle on ne croit déjà plus. Avec Bowie en figure de proue, les protagonistes de cette rock story miteuse slaloment entre les clic-clacs gonflables, les réclames dignes du Club Med et autres pièces de choix de la malbouffe gastronomique. Véritable temple de la société du loisir, la scène se fait encore le décor d'une pathétique culture pop en construction. Accompagné de son amant fictionnel (qui n'est autre que Charles Bukowski), de sa femme et de ses deux fils – l'un acteur de son propre rôle, l'autre abandonné – David Bowie dresse ici une énième success story.

Pendant que l'on suit l'échafaudage d'une légende people, Vivipares (posthume) entasse des micro-drames en mousse dans un chaos narratif qui n'est pas sans rappeler quelques postures rock. Les infos affluent, les personnages vacillent, fébriles, entre burn out et liquéfaction. Dans un WTF omniprésent, tous les excès et incohérences d'une époque éclosent brutalement en une acné suintante. Et sans plus de manières se succèdent ici le paternel sans affects et son vendu de copain, escortés de la femme-chien, la putain et l'enfant hollywoodien. Sans tabou aucun, les rouages d'un monde plastique bien connu de notre imaginaire se déversent sur la scène en un glitch art vivant.

Comme l'intrigue, le décor, les accoutrements et les dialogues, Vivipares (posthume) se fait la parfaite incarnation d'un american dream tout flétri, celui qui a trôné sur les petits écrans français et a bercé avec lui l'imaginaire serein de vacances sous les palmiers et de retraites éternelles. Seulement voilà, David est parti, et aujourd'hui la notion même de congés payés semble pour certains sonner comme un hiatus inter-spatial. Vivipares (posthume), ou le naufrage patent de tout un way of life.

 

Vivipares (posthume)- Brève histoire de l'humanité, mes Céline Champinot a été présenté du 27 au 29 mai au Théâtre Dijon-Bourgogne (festival Théâtre en mai.)