<i>L’Intrusa</i> de Leonardo Di Costanza L’Intrusa de Leonardo Di Costanza © p. D. R.
Critiques cinéma festivals

L’Intrusa

La Quinzaine nous a fait découvrir une intéressante docufiction signée Leonardo Di Costanza, L’Intrusa, consacrée à un centre socio-éducatif destiné aux enfants déshérités d’un quartier nopolitain.

Par Nicolas Villodre publié le 23 mai 2017

 

Cette œuvre ne doit pas être confondue avec d’autres ayant déjà usé de ce titre, notamment Gero Zambuto (1916), C. Luigi Martini (1927) ou de Raffaello Matarazzo (1956). Venons-en aux faits : la responsable d’une structure parascolaire – interprétée par la seule professionnelle de la profession, en l’occurrence la danseuse et théâtreuse Raffaella Giordano qui, dit-on, fut formée au contemporain par... Carolyn Carlson période vénitienne – est tiraillée entre sa tendance spontanément altruiste et la méfiance des parents d’élèves, des autorités scolaires et des autorités tout court (la police étant représentée par le commissaire Sessa, bien disposé à son égard). Ayant accueilli, dans le petit logement de fortune servant à dépanner les plus mal lotis, une jeune mère avec un bébé et une préado, l’animatrice en chef se voit mal récompensée. D’une part, il s’avère que la jeune femme avait logé sans la prévenir son conjoint, un membre de la Camorra recherché pour homicide que les carabinieri embarquent sous les yeux de toute la communauté. De l’autre, celle-ci a le front de revenir s’installer dans cet asile de fortune, comme si de rien n’était.

La double intrusion met en danger non seulement les enfants mais l’expérience pédagogique même. La haute idée que se fait l’éducatrice de sa mission la conduit à une aporie puisque, voulant à tout prix sauver les âmes, en bonne catholique pratiquant la charité, elle se heurte, dans ce cas d’école, si l’on peut dire, au refus de ses proches, des parents, aussi bien que des enseignants et des animateurs qu’elle supervise. Le scénario se tient, nourri par la réalité du Mezzogiorno. Di Costanza a réduit les dialogues au strict nécessaire. Ce film à la gloire de ce qu’il a appelé, à l’issue de la projection, les « anges modernes » tire sa force des situations décrites ainsi que du jeu on ne peut plus convaincant de chaque interprète. À commencer par Valentina Vannino, qui campe avec un superbe aplomb, une Colomba napolitaine.

 

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