<i>La Fulgurance du vivant</i> de Claude Brumachon La Fulgurance du vivant de Claude Brumachon © Laurent Philippe.
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Les yeux aquatiques

Claude Brumachon

À la suite D’indicibles violences, Claude Brumachon présente avec Benjamin Lamarche La Fulgurance du vivant. Cette pièce pour dix danseurs garde l’esprit et la force de la première, tout en errant davantage du côté de la mer et des oiseaux.

Par Alice Bourgeois publié le 3 déc. 2015

Si le premier spectacle évoque la terre, le second (dont le titre n’est pas moins beau) nous ramène davantage à l’imaginaire de l’eau. On y trouvera moins de danseurs, plus de solos, des pirouettes fulgurantes, et toujours les sauts furieux, les cambrures animales, les suggestions héroïques, sur une musique étrange et prenante. Ainsi, deux danseurs – humains ou sirènes – ondulent lentement leurs bras sous une lumière crue, partis, semble-t-il, explorer les abysses sous-marines.

La musique pulse, l’imagination galope, le corps est sous tension et libère une énergie purifiante. Claude Brumachon s’en prend à « l’os de la danse » : il magnifie le corps comme le plus beau de nos dons. Les artistes effectuent des rondes, s’abouchent, s’enroulent l’un contre l’autre : les voilà marchant comme des flamants rose sur leurs échasses, on s’imagine dans la Camargue. Quelquefois on croit reconnaître des positions de yoga, tel cet homme-tronc à qui se suspend son partenaire, quelquefois un indolent léopard, qui paresse. L’énergie contagieuse qui se dégage de cette pièce confirme que Claude Brumachon est un de nos plus originaux chorégraphes contemporains.

Dans une note d’intention, il avance : « Imaginons l’instant-rencontre, la nuit tombante, la biche, le duc, l’insecte qui traverse l’espace. Rapidité fulgurante qui rappelle la présence du sauvage. Ce qui est vu et qui a disparu, comme l’éphémère présence d’une danse toujours présente et toujours disparue. Fugacité de l’apparition, rapidité de la disparition ». Claude Brumachon respecte la nature ; il y trouve une source d’inspiration essentielle. Avec ses danseurs, il aime se promener dans les Causses des Cévennes et contempler longtemps la mer, dont il ressort transformé. Ce qui est sauvage demeure sacré. Espérons que ce message – assez actuel – sera entendu, car en s’en prenant à la nature, on diminue aussi la possibilité pour l’art de se déployer authentiquement : la danse de Claude Brumachon s’en est fait l’écho merveilleux. 

 

La Fulgurance du Vivant de Claude Brumachon a été présenté le 28 novembre dans le cadre du festival Transcendanse, au CCN de Nantes.

Tournée : le 8 janvier au Théâtre Saint-Louis de Cholet, le 25 mars au Théâtre de l'Hôtel de Ville de Saint-Barthélemy-d'Anjou et le 19 mai à l'Espace Diamant d'Ajaccio avec la compagnie Sous la peau.