<i>La Défense du dragon</i> de Natalia Santa La Défense du dragon de Natalia Santa © D.R .
Critiques cinéma festival

La Défense du dragon

La Quinzaine a montré le premier long métrage de la Colombienne Natalia Santa, La Défense du dragon, consacré au jeu d’échecs cher à Marcel Duchamp. Le titre désignant une variante de la tactique dite sicilienne. 

Par Nicolas Villodre publié le 30 mai 2017

À partir du travail photographique de son mari gardant mémoire de certains lieux pittoresques des vieux quartiers de Bogotá non encore défigurés par l’urbanisme, Natalia Santa a élaboré un scénario et imaginé trois personnages monomaniaques comme ceux qu’on peut trouver dans certains récits sud-américains ou films italiens. Ces trois bons copains se retrouvent au club Lasker, situé en plein centre historique de la capitale, entre le Musée national et le celui de l’or. Chacun ses soucis : l’un, horloger traditionnel, jaloux de son art et de sa collection de toquantes de marque, refuse en bloc tout bracelet-montre fabriqué en Chine ; l’autre, spécialiste des médecines douces a du mal à développer sa clientèle et se console en jouant au poker ou en se réfugiant dans les bras de son assistante ; le troisième est le plus addict, vit en ne pensant qu’aux échecs et survit en donnant des cours de maths ou en gagnant quelques mises sur les parties.

Tourné en intérieurs, dans des teintes un peu ternes, le film s’intéresse plus à la psychologie du joueur qu’au contexte socio-politique environnant. On en apprend néanmoins beaucoup sur la vie quotidienne dans la capitale colombienne, sur les difficultés économiques rencontrées par les classes moyennes, sur une forme de détachement sans trace d’acrimonie qui prévaut sur la mélancolie ambiante. L’amitié semble plus forte que le sens de la famille. La question du désir est aussi subtilement abordée. Une première réalisation tout à fait aboutie.

 

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