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<i>Juste la fin du monde</i> de Xavier Dolan Juste la fin du monde de Xavier Dolan © D. R.
Critiques cinéma

Juste la fin du monde

Cannes 2016 (7/15)

Le nouvel opus de Xavier Dolan, mélodrame filmé exclusivement ou presque en sombres plans rapprochés et inspiré de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, aurait pu être tout simplement une dramatique radio. Il a, quoi qu’il en soit, eu l’heur de plaire au jury cannois, ainsi qu’à quelques collègues, critiques de profession.

Par Nicolas Villodre publié le 27 mai 2016

 

 

Une énième réunion de famille, sans la finesse de celle du Sieranevada de Cristi Puiu. Sans, non plus, d’après les théâtrophiles, la qualité des dialogues originels ou celle de dialogues moins écrits, plus spontanés, voire improvisés comme ceux que tout un chacun tient lors de ce genre de déjeuners dominicaux interminables. Un foyer où l’on a des difficultés à communiquer. Comme dans toutes les fratries. Un rituel qui, comme il se doit, est perturbé par la visite du frère cadet, fragile, sensible et homo, qui avait décidé d’échapper au carcan matriarcal une douzaine d’années auparavant. Ce fils prodigue (et prodige, puisqu’il a percé au théâtre), joué par Gaspard Ulliel, est rentré au bercail simplement (pour ne pas employer le franglais d’un usage pas si anodin que ça : « juste ») annoncer, comme dans la chanson de Gainsbourg, qu’il s’en allait. Sous-entendu : cette fois-ci, définitivement.

Malgré tout, malgré les bons sentiments véhiculés par ce doublon, remake ou re-représentation d’un théâtre lui-même éculé – supposant l’identification des acteurs aux personnages et des spectateurs aux acteurs –, la pièce (le film) se laisse voir. Et entendre. Il faut dire que, s’il n’est pas le grand cinéaste qu’on nous a un peu vite survendu, Dolan reste un excellent metteur en scène. Et que le casting est très cohérent. Chacun tire donc son épingle du jeu en caractérisant avec aisance la figure pour laquelle il a été enrôlé. Léa Seydoux franchit un cap, artistiquement parlant ; Marion Cotillard est minimaliste donc plus efficace qu’ailleurs ; Cassel est encore plus bestial que l’an dernier, dans le Garrone, si tant est que ce soit possible, donc aussi plus humain ; Nathalie Baye, méconnaissable et vulgos, fait une composition qui eût dû lui apporter une palme ; Gaspard Ulliel, qui fait de la figuration intelligente dans La danseuse, est ici magistral. De sa voix grave, musicale, mélancolique, il suggère plus qu’il n’en dit et que ne dit la pièce.

 

Juste la fin du monde de Xavier Dolan, sortie française le 21 septembre 2016.