<i>Happy End </i>de Michael Haneke Happy End de Michael Haneke © p. D. R.
Critiques cinéma festival

Happy End

Drame social dans la haute bourgeoisie calaisienne avec Happy End de Michael Haneke.

Par Nicolas Villodre publié le 22 mai 2017

 

Les Buddenbrook, le déclin d’une famille de Thomas Mann (1901) valut à l’écrivain allemand d’obtenir le prix Nobel de littérature. Il est peu probable que le Happy End de Michael Haneke, qui traite de la décomposition d’une dynastie d’entrepreneurs calaisiens lui permette d’engranger cette année une troisième palme d’or.

En passant de l’étude psychologique au drame social, le réalisateur autrichien pensait peut-être se dédouaner ayant fait œuvre de cinéaste engagé dans son époque et, par la même, attirer l’attention du public sur la tragédie quotidienne de réfugiés des pays du sud cherchant à s’en sortir en traversant la Manche. On ne saurait l’en blâmer, loin de là. Si son interprète féminine Isabelle Huppert – tête pensante de la saga finissante – peut rapprocher l’auteur du regretté Chabrol, le ton général de cet opus n’est jamais à la plaisanterie.

Mann recourait à la métaphore du navire qui s'enfonce peu à peu dans l'eau et c’est l’image finale de Trintignant, le patriarche qui a abdiqué et souhaite en terminer avec la vie, et que sa petite fille aide à s’engloutir dans la mer, la tête encore hors de l’eau qu’on garde du film à la sortie de la projection bien après minuit. Le petit-fils de chef d’entreprise refuse l’héritage, au grand dam de la dame, en l’occurrence Huppert. Ce portrait classique d’une famille de la haute bourgeoisie est académiquement exécuté. Il est sans grande surprise, du premier tableau d’un dîner dans un riche décorum qui contrastera avec les plans d’extérieur au final inexorable, si ce n’est l’irruption de quelques migrants d’Afrique subsaharienne en plein milieu d’une célébration prénuptiale.

La manière du cinéaste est sèche, elliptique, allusive. Si les prises de vue sont convenues, le montage réserve matière à étonnement. Dès le prégénérique, on pense avoir à faire à une œuvre destinée au festival « Pocket Films » – les inserts d’écrans de smartphone et d’ordinateurs viendront rythmer le récit de façon récurrente – le format étant en 16/9e en portrait, à la verticale. Ce PIP ou image dans l’image n’a d’expérimental que sa fonction pulsive d’une narration plutôt poussive. Assez paradoxalement, en effet, la bande paraît plus lourde qu’elle n’est, compte tenu du laconisme visé et, surtout, de la prestation de comédiens hors pair, magistralement dirigés.   

 

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