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<i>Hamlet goes Business</i> d’Aki Kaurismäki Hamlet goes Business d’Aki Kaurismäki © D. R.
Critiques cinéma

Hamlet goes Business

Cannes 2016 (14/15)

Ce film en noir et blanc ne date pas d’hier puisqu’il fut présenté au Forum de Berlin en 1988 et n’est pas, selon son auteur, Aki Kaurismäki, une adaptation mais plutôt une transposition du Hamlet de William Shakespeare. Une version « afterpunk » d’une tragédie où les cadres d’industrie, avatars des ducs et princes d’antan, ne cessent de gogiter dans le seul but d’éliminer l’autre, y parvenant de surprenantes façons. 

Par Nicolas Villodre publié le 30 mai 2016

Pour ne prendre qu’un exemple, Hamlet, jeune albinos à l’appétit gargantuesque, manigance l’empoisonnement, par personne interposée (via Klaus, l’amant de Gertrud, la mère du héros), de son père. Il parvient à ses fins. Le spectre paternel viendra dès lors le hanter de manière récurrente. Pour se maintenir à la tête de la « petite entreprise » familiale (le chantier de Hyvinkää), l’anti-héros doit faire preuve de ruse, montre de cynisme, n’avoir aucun scrupule et être prêt à tout. À espionner les uns pour échapper aux complots en tous genres des autres, à s’entourer d’une garde rapprochée, à user de la menace s’il le faut, à exercer sa vengeance, à malmener son amoureuse...

La B.O. propose un collage de musique romantique (du Gustav Mahler), de blues traditionnel et de rockabilly sur-vitaminé (un groupe finlandais dans le style Stray Cats). À l’image, les personnages n’arrêtent pas de picoler. Des boissons fortes. À chaque scène ou presque, on remplit son verre d’alcool, de Ballantines, de Smirnoff, de Gibson. On le voit, les protagonistes sont des brutes assez épaisses, apparemment pas très futées, qui lisent des bandes dessinées, assistent à des concerts pop ou à des pièces du théâtre le plus mélodramatique. Et n’ont ni sens moral, ni conscience politique.

Les décisions prises par le conseil d’administration peuvent certes conduire des milliers d’ouvriers au chômage et reconvertir la production lourde traditionnelle en gadgets dérisoires (des canards en matière plastique qui couinent quand on les pince!). Dicté par une forme particulière d’humour noir, le film annonce la crise économique qui n’allait pas tarder à advenir.

 

Hamlet goes Business d’Aki Kaurismäki, sortie française non annoncée.