<i> Optraken </i> du Galctik Ensemble Optraken du Galctik Ensemble © Marie Fonte.

Éclats d'urgence

Gaillards proprets aux allures de casting Benetton, les cinq acrobates du Galactik Ensemble se jouent avec OPTRAKEN d'une fausse candeur pour chatouiller, l'air de rien, quelques paresses en vogue.

Par Agnès Dopff publié le 28 nov. 2017

Sur un plateau faussement désert, des panneaux fuyants rebattent sans cesse les cartes, et nous amusent de l'inlassable interchangeabilité des postes. Par la magie d'une mécanique que l'on découvre vite humaine, les bras de quelques hommes s'effacent derrière la destinée bien huilée de murs anonymes. En bons DRH, ces murs enlèvent une tête ici, en reposent deux là-bas. Qu'importe, tout se vaut.

Par le jeu du hasard ou du pouvoir, les acrobates multiplient les esquives et manque de bol, s'écroulent tantôt sous le coup du sort ou le choc d'un pot de fleur. Parfois l'impact est lointain – l'autre, là-bas – parfois c'est le mec d'à côté et ça surprend, bouscule autrement.

Et puis les assauts du ciel se multiplient et grignotent le répit. Sur les murs anonymes se griffonnent à la hâte quelques niques verbales, les façades amovibles se transforment en barricades, et protègent les copains. Dans l'action, les tranchées font la ronde à en perdre le nord: qui attaque qui ? Par la malice des artistes, ou seulement du hasard, les marques techniques des agrès suggèrent un slogan qui, dans les villes françaises, est redevenu familier des grandes artères.

Sans jamais rien perdre de leur air impassible, les cinq circassiens affrontent d'abord l'accident contingent, réactifs pour eux-mêmes, et parfois pour le voisin quand ça ne mange pas de pain. La systématisation de l'attaque produit son pendant altruiste, et favorise autant de solidarité qu'elle acte de violence. Bientôt systématique aussi, l'organisation des corps contre l'assaillant. Dans l'urgence, le groupe se resserre, habile ainsi à déjouer en collectif l'agression, arbitraire en apparence seulement.

Sur le plateau dégagé où s'accumulent les petits vestiges de toutes les luttes passées, les cinq âmes devenues corps unique offrent le beau spectacle d'une solidarité organique. L'espace dépouillé et meurtri, rendu hostile par des projectiles venus de toutes parts, ne cesse alors jamais d'être un bien franc spectacle vivant.

Et s'il est une chose dont on peine à se détacher au sortir d'OPTRAKEN, agrippé.e à elle comme à un vieux doudou, c'est sûrement à cette valse des mains calleuses, et qui s'empoignent et qui se poussent, tressant entre les cinq corps la belle cordée d'une ascension qui ne lâche rien.

 

> OPTRAKEN du Galactik Ensemble a été présenté du 7 au 25 novembre au Théâtre du Monfort, Paris; le 30 novembre au Moulin du Roc, Niort ; du 5 au 7 décembre à la Coupe d'or, Rochefort ; du 18 au 22 décembre au Théâtre de Lorient ; les 16 et 17 janvier à la Passerelle, Gap ; le 20 janvier à Houdremont, La courneuve ; du 25 au 27 janvier à Châteauvallon; le 2 février à la Mégisserie, Saint-Junien ; le 25 février à Mons ; du 28 février au 1er mars aux Halles de Schaerbeek, Bruxelles ; les 23 et 24 mai à au 3 T Châtellerault