Ettore Scola Ettore Scola © p. D. R.
Critiques cinéma festivals

Ciao Ettore

Ettore Scola nous en avait prévenu lors de la précédente édition du festival d’Annecy, cinéma italien : « Vous ne me verrez pas l'année prochaine. »

Par Jean-Pierre Touati publié le 7 oct. 2016

 

Il ne s'était pas, trompé, hélas et Jean Gili directeur artistique, a rendu un juste hommage à celui qui fut longtemps président d'honneur du festival en proposant une rétrospective de ses films, parmi lesquels : Nous nous sommes tant aimés, La nuit de VarennesLe bal...

C'est précisément, cette volonté intacte de lutter qui constitue le fil rouge qui court dans un grand nombre de films en compétition cette année. À quoi s'ajoute le thème omniprésent de l'adolescence tourmentée, mais faisant preuve déjà d'une troublante maturité, face à la dure  réalité et à des adultes saisis par le doute ou au contraire bardés de certitudes confortables.

La pelle dell’orso (La peau de l’ours), premier long métrage de Marco Segato a recueilli à Annecy presque tous les suffrages (Grand prix, prix CICAE, prix Annecy cinéma Haute Savoie).

Tourné dans un petit village des Dolomites, le film décrit les rapports difficiles entre un père ivrogne objet d'un mépris général et son fils adolescent taciturne et sensible.

Pour retrouver uns sorte d'honneur perdu le père accepte un pari. Celui de tuer ours sauvage qui sème la terreur dans le village. Aidé par son fils il gagnera le pari au prix de sa vie. Parabole illustrant la thèse bien connue de René Girard sur le bouc émissaire et la victime sacrificielle.

Autre portrait d'adolescent : Un bacio (Un baiser) de Ivan Cotroneo qui a reçu le prix du public.

Un Jules et Jim à l'italienne évoquant les souffrances du jeune Lorenzo, mais aussi sa force de caractère devant affronter avec courage les préjugés et l'hostilité de ses camarades de classe.

La force du film repose sur un principe de triangulation où le personnage féminin Blu, adorable, comme il se doit est dessiné avec beaucoup de finesse et de tact. Hors compétition, Fiore (Fleur), de Claudio Giovannesi sélectionné au dernier Festival de Cannes à la Quinzaine, témoigne d'incontestables qualités. Il s’agit, là encore d'un portrait d'adolescents, Daphné et Josh détenus dans un établissement carcéral spécialisé, avec au cœur le désir éperdu de la liberté. Portrait d'une grande justesse : un art des cadrages, une rigueur toute bressonienne dans la description quasi foucaldienne des mécanismes de la maltraitance.

Une fin qui évoque celle des Quatre cents coups de François Truffaut. « Fuir, la bas, fuir, où les oiseaux sont ivres. »

Après plus de 30 ans de fidélité à Annecy, Jean Gili, ce grand passeur et fin connaisseur du cinéma italien, nous offrait, cette année sa dernière sélection. Qu'il en soit remercié.

 

 

Annecy cinéma italien a eu lieu du 21 au 27 septembre