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<i>F(l)ammes</i> de Ahmed Madani F(l)ammes de Ahmed Madani © François Louis Athenas.
Critiques Théâtre

Brûlantes

Ahmed Madani

Ahmed Madani présente sa dernière pièce, F(l)ammes, à la Maison des Métallos. Dix jeunes femmes y chantent leurs histoires, elles racontent leurs liens aux autres, leur famille, leur place dans une société riche et décomposée.

Par Leslie Auguste publié le 30 nov. 2016

 

 

Elles se nomment Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye et Inès Zahoré. La plus jeune a dix-huit ans, la plus âgée vingt-huit. Avec elles, Ahmed Madani a construit un spectacle élaboré comme un documentaire ; de leurs échanges, il a écrit un texte : F(l)ammes.

Depuis plusieurs années Ahmed Madani part à la rencontre de jeunes adultes à travers des ateliers, Illumanition(s) était le premier volet masculin de l’épopée. Déjà la sincérité et la force des protagonistes avaient su nous captiver. C’était une pièce historique et politique, clairement. Cette fois-ci l’histoire se raconte de l’intérieur, de leurs parcours personnels – à travers les paroles et les non-dits familiaux. Parfois aussi il n’y a rien à confier, sauf la couleur de peau.

Photo : François Louis Athenas

Aucune de ces jeunes femmes n’avait joué auparavant, et pourtant c’est avec une grâce géniale qu’elles gouvernent improvisation et récit. Toutes ont en commun d’avoir grandi en banlieue parisienne, toutes sont Françaises de parents nés à l’étranger.

Prendre la parole, absolument. Tour à tour, chacune prend le micro avec ardeur – non sans prévenance. Sans se dérober, les témoignages émouvants appellent les plus drôles. Et la danse comme défouloir rythme les monologues. Prendre la parole, de toute urgence. Pour raconter qui elles sont, pour se retrouver. Ces jeunes femmes brûlent de se faire mieux connaître, sans tabou. Que se cache-t-il derrière le mot « banlieusarde » ? Un mot pour cacher l’inconnue, celle à qui on ne donne jamais le micro. Ici se joue la diversité, sans attendre il faut oser parler d’identité. C’est pleines d’audace et de prévoyance qu’Anissa Aou, Ludivine Bah ou Chirine Boussaha mobilisent Proust, Claude Lévi-Strauss et Ulysse pour mieux réunir l’intime et le collectif. C’est drôle et engageant, parfois langoureux et sensuel. Loin des clichés leurs corps s’animent sur les vidéos colorées en fond de scène. Si F(l)ammes a les contours d’un conte moderne, c’est pourtant bien de réalité dont il est question – voilée ou non, elles sont libres et universelles.

Une reprise de Nina Simone scelle la troupe brasillante et qui promet une suite mixte et engagée. En attendant, F(l)ammes fait le tour de France jusqu’au mois de juillet où le spectacle se jouera pendant tout le festival d’Avignon.

 

F(l)ammes de Ahmed Madani, jusqu’au 4 décembre à la Maison des Métallos, Paris. 

À lire : tout le théâtre d’Ahmed Madini est édité chez Actes Sud-Papiers. F(l)ammes suivi de Illuminations seront publiés en juin 2017.

Tournée : Du 8 au 10 décembre au Collectif 12, Mantes-la-Jolie ; le 12 janvier à La Renaissance, Mondeville ; du 17 au 24 janvier au Grand T, Nantes ; du 26 au 28 janvier à la MAC, Créteil ; le 30 janvier au Safran, Amiens ; le 1er février à La Piscine, Châtenay-Malabry ; du 16 au 18 février au Tropiques Atrium, Martinique ; les 2 et 3 mars à l’Atelier à spectacle, Vernouillet ; le 8 mars à La Ferme de Bel Ébat, Guyancourt ; le 10 mars à Fontenay en scènes, Fontenay-sous-bois ; le 14 mars au Forum Jacques Prévert, Carros ; les 16 et 17 mars au Théâtre de Grasse ; le 21 mars au théâtre de l’Olivier, Istres ; du 24 au 26 mars à la MPAA, Paris ; le 30 mars à l’ECAM, Kremlin-Bicêtre ; le 21 avril à La Nacelle, Aubergenville ; le 25 avril au théâtre de Coutances ; les 27 et 28 avril au CDN de Haute-Normandie, Petit-Quevilly ; du 7 au 30 juillet au théâtre des Halles,  Avignon.