<i>Bad Lieutenant, Escale à la Nouvelle Orléans </i>de Werner Herzog Bad Lieutenant, Escale à la Nouvelle Orléans de Werner Herzog © p. D. R.
Critiques cinéma festival

Bad Lieutenant

Parce que ses films les plus récents n’étaient ni sélectionnés à Cannes ni programmés en France, on pensait que Werner Herzog n’avait plus rien réalisé depuis plus de trente ans. Or, il n’en était rien, comme il a tenu à le préciser en présentant dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs son Bad Lieutenant, Escale à la Nouvelle Orléans (2009).

Par Nicolas Villodre publié le 23 mai 2017

 

Certains de ses films avaient pourtant été sélectionnés à la Berlinale, en particulier son documentaire métaphysique sur la Grotte Chauvet, La Grotte des rêves perdus (2010) et Into the Abyss (2011), une hallucinante galerie de portraits de criminels attendant d’être fixés sur leurs sort (exécutés ou miraculeusement graciés) dans le couloir la mort de prisons américaines. En 2009, il adapte l’anti-héros imaginé par Abel Ferrara et la regrettée Zoë Lund, incarné à l’écran en 1992 par l’inoubliable Harvey Keitel, sur un scénario de William M. Finkelstein qui transpose l’action en Nouvelle Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina.

Nicolas Cage fait une remarquable composition de flic véreux, certes, sans la monstruosité et la perversité absolues de Keitel, conservant certaines valeurs, le sens de la famille, aussi peu conventionnel soit-il (il est amoureux d’une call girl qui le lui rend bien), goûtant à toutes les substances illicites passant à sa portée, machinalement ou par gloutonnerie plus que par désir véritable. Endetté jusqu’au coup en raison de l’addiction suprême qui est celle du jeu (en l’occurrence, du pari sur les résultats sportifs), à couteaux tirés avec la pègre comme avec la police des polices qui souhaitent toutes deux lui faire son affaire, il se sort étrangement de la mouise, et obtient même une promotion – le titre de capitaine. La mise en scène est brillante, le suspense haletant, le montage d’une précision horlogère, le tout pulsé ce qu’il faut par une musique afro-américaine allant du blues hurlant au gospel le plus poignant.

 

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