Maria Nilsson Waller Maria Nilsson Waller © Patricio Cassinoni

Planète Irlande

Planète Irlande

Unique festival de danse contemporaine de la capitale Irlandaise, le Dublin Dance Festival affiche une programmation qui oscille entre un profond ancrage historique et des envolées galactiques.

Par Léa Poiré publié le 1 juin 2017

 

 

La danse traditionnelle Irlandaise, « step dance » de son petit nom, c’est une histoire de pas, de levées de genoux, d'arrêts, de rythmes et contrepoints. C’est ainsi que Colin Dunne, en jean converses dans un halo de lumière, s’adresse à nous, démonstrations à l’appui. Une fois ces bases posées la déconstruction peut commencer. L’ancien danseur star de Riverdance – show irlandais au succès planétaire – met en marche un tourne disque d’où s’échappe un air de violon aux accents celtiques et à la rythmique aléatoire. Dans Concert, Colin Dunne livre un solo accompagné par la mémoire du compositeur Irlandais autodidacte Tommie Potts. Colin Dunne est exigeant, il ne crée que par nécessité ce qui fait remonter sa dernière création Out of time a près de dix ans. Avec dans les jambes une rythmique indomptable, aujourd’hui, l’enfant du pays matérialise une musique qui n’a que rarement été interprétée puisque très difficile à jouer et à danser.

Une toute nouvelle génération d’artistes s’empare elle aussi de l’héritage traditionnel de ce pays. Dans une recherche en cours Liam Scanlon explore par exemple la conversation entre danse et musique irlandaise. Faire danser la musique ou faire jouer la danse ? D’un air ingénu il tente de répondre à la question en faisant claquer ses chaussures qui rythment l’air de violon de son complice David Doocey.

Colin Dunne. p. Maurice Gunning 

 

Virée intergalactique

Loin des pubs aux devantures de bois arborant des ribambelles de drapeaux orange et vert, le rendez-vous est donné à l’est de la ville dans une ancienne filature de laine convertie en studio de répétition. Sur le béton brut les danseurs de Maria Nilsson Waller se préparent pour un filage, la chorégraphe suédoise résidant à Dublin, leur donne quelques derniers conseils.

Après avoir invoqué le Bir Tawil – terre située entre le Soudan et l’Égypte qui n’est reconnue par aucune nation – et les abysses, le dernier volet de son triptyque sur les territoires qui ne sont pas revendiqués s’attaque à l’aventure spatiale. Suivant le mouvement des planètes, cinq danseurs se croisent, accélèrent et s'entrechoquent pour former des constellations. Pot de fleur, balles de yoga, fauteuil et vêtements, tout l’univers domestique du plateau est aussi mis en orbite. Au centre, se jouent des scènes romantiques qui semblent s’égarer dans un espace temps distendu et accompagné par les enregistrements galactiques de la NASA et des bribes du groupe de jazz suédois anticonformiste « Je Suis ! ». Si on ne peut affirmer avoir vu la pièce merry.go.round avec tout l’attirail spectaculaire qu’elle nécessite, il en résulte cependant une danse fusionnelle, où les corps célestes se lient les uns aux autres avec désir et gravité.

Philip Connaughton. p. Jose Miguel Jimenez

La fascination spatiale continue avec des Extraterrestrial Events. En connexion parfaite avec la sortie mondiale du prequel d’Alien, dans cette nouvelle création, le chorégraphe irlandais Philip Connaughton donne corps aux témoignages du GEIPAN (Groupe d’Études et d’Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non-Identifiés). Quatre danseurs sont égarés dans une dimension parallèle, on y parle volontiers avec des gestes-runes et des mouvements solaires. Leurs râles sonores qui font s’écouler une bave bleue électrique complète leur univers. Mais dans ce tableau deux humains transitent : un homme – le chorégraphe himself – tente de rassurer une femme qui, regard hagard, perçoit la présence des danseurs-extraterrestres. Cette femme interprétée par Kim Sheehan, chanteuse à la voix céleste, entonne alors un chant racontant sans filtre les visions surnaturelles qui la hantent. Avec une composition musicale lumineuse, Mickael Gallen donne à la pièce l’allure d’un Opéra où une bonne dose d'absurde camoufle la profonde mélancolie d’un propos scrutant la distance qui peut se creuser entre les individus.

 

Dublin Dance Festival a eu lieu du 18 au 28 mai 2017